Nouvelles formations aux sciences forestières et naturelles à l'EPFZ :
l'expression des attentes de la profession

  1. Introduction

  2. Les mutations récentes

    1. L'évolution de la profession

    2. L'évolution de l'environnement.

  3.  L'avenir dans ses grandes lignes.

    1. Les besoins fondamentaux

    2. Les réponses fondamentales

  4. Les profils professionnels

    1. L'ingénieur  MSc management des forêts et des espaces naturels EPF.

    2. L'ingénieur forestier HES.

    3. Le technicien forestier ESF

  5. Exigences quant à la formation des masters.

    1. Former des Ingénieurs

    2. Donner des connaissances de bases solides

    3. Profiler la formation

  6. Annexes:

    1. Développements récents dans les formations forestières.

1      Introduction

Le domaine de la formation en Suisse est en mutation, et le secteur forestier est concerné. Au niveau académique, le choix du modèle de Bologne par l'union européenne a incité les Ecoles polytechniques fédérales à s'y rallier., tandis que la Confédération a mis sur pied une formation professionnelle nouvelle, les Hautes écoles spécialisées (HES), dont certaines prévoient des formations dans "la gestion des ressources naturelles".

Les formations forestières doivent être adaptées à ces changements et à cette compétition, alors que les besoins (et moyens) sont insuffisamment définis.

L'introduction de nouveaux masters en sciences forestières et naturelles suppose que soient définies les compétences attendues des futurs diplômés. La Société Forestière Suisse et le groupe forêt de la Société Suisse des ingénieurs et architectes (SIA) présentent dans ce document leur analyse et leur opinion sur cette question en se fondant sur leur analyse des besoins du pays.  

Dans les pages qui suivent, nous voulons d'abord montrer au travers des développements récents dans la gestion des espaces naturels et forestiers, les problèmes qui sont à résoudre, les amorces de solutions qui ont été données, puis définir les besoins fondamentaux.

2      Les mutations récentes

2.1         L'évolution de la profession

Les ingénieurs forestiers formés depuis 150 ans à l'EPFZ ont d'abord été des pionniers en matière de gestion du territoire, de lutte contre les forces de la nature (avalanches, inondations, glissements de terrain), mais aussi de protection de la nature, en pratiquant une gestion prudente de la forêt. Les ingénieurs forestiers ont aussi contribué à installer une infrastructure routière et technique enviable et des services efficaces.

Ces dernières années, au plan professionnel , l'ingénieur forestier s'est muté d'homme de terrain en homme de dossiers, mais bénéficiant toujours d'une excellente implantation et d'une connaissance non moins excellente des conditions techniques, biologiques et sociales locales. Son implication dans la gestion des opérations, dans les questions purement techniques a beaucoup reculé au profit des travaux de conception, de sensibilisation et d'explication. Son rôle d'arbitre compétent étant contesté, le travail d'information et de dialogue est évidemment beaucoup plus prenant que par le passé. Depuis les années 80 en particulier, l'administration, de plus en plus chargée à effectifs en faible augmentation, a confié au secteur privé une partie de ses tâches. Ainsi les bureaux privés, autrefois en nombre restreint, sont aujourd'hui nombreux.

Parallèlement à cette évolution un essaimage des ingénieurs se produit toujours :

-    vers des emplois à l'étranger,  dans l'aide au développement ou autre (dans ces cas, le retour en Suisse est fréquent après quelques années)

-    vers d'autres professions.

2.2         L'évolution de l'environnement.

Aujourd'hui plusieurs problèmes nouveaux réclament des solutions inédites. Citons entre autres :

-          -            l'effondrement du revenu forestier (exploitation déficitaire depuis 20ans), couplé à l'intention des pouvoirs publics de limiter fortement leur aide à l'économie forestière, remet en cause les moyens et conséquemment les finalités de la gestion des forêts.

-          les effets négatifs de la mondialisation sur une économie du bois précaire.

-    la pression du public sur les forêts va croissant et les conflits d'intérêts sont devenus radicaux. Conjointement, la sauvegarde de l'intégrité de l'espace forestier dans toutes ses dimensions a pris une dimension supérieure.

-          la protection contre les dangers naturels est plus pressante que jamais compte tenu de la valeur des infrastructures de communication et touristiques, ainsi que de la mobilité accrue de la population urbaine.

Les tempêtes et pluies diluviennes de plus en plus fréquentes font craindre des modifications climatiques et leurs effets ( recul du permafrost, modification de la flore, des conditions de croissance, etc...

 

3      L'avenir dans ses grandes lignes.

3.1         Les besoins fondamentaux

L'observation critique des problèmes pressentis ou effectivement vécus nous mène à définir les tendances décelables pour les deux décennies à venir :

Protection contre les dangers naturels : besoin accru dans la coordination des mesures et des projets à l'échelon local. La sensibilité des axes de communication et des zones habitées vis à vis des dangers naturels continuera de croître. Les mesures d'aménagement, de construction d'infrastructures et d'ouvrages de protection, tout particulièrement en montagne, en général très coûteuses, exigent l'intervention coordonnée de nombreux spécialistes. La responsabilité territoriale est une réponse au besoin de coordination des interventions, et une garantie dans le temps du maintien des décisions comme des ouvrages,

 

Gestion des milieux naturels : besoin accru de compétences dans la maîtrise globale de l'évolution des milieux non-bâtis et non-cultivés. La qualité de la gestion de ces surfaces est une pierre angulaire du maintien d'un environnement viable (poumon vert, refuge de la variété et du patrimoine génétique de la flore et de la faune, etc.). La conception des mesures d'aménagement de cet environnement nécessite une vue large et de haut niveau, dépassant le clivage traditionnel non forêt/forêts. Cette conception doit réaliser la synthèse des différentes problématiques : protection et sauvegarde des ressources, c'est à dire protection contre les dangers naturels, protection de la nature et du paysage, production de bois; elle requiert donc la capacité d'une approche multidisciplinaire. Elle concrétise au mieux le besoin de synergies et d'économie, par opposition à des programmes verticaux trop détaillés, privilégiant le souhaitable sur le faisable, et finalement inutilement coûteux.

 

La gestion des conflits d'intérêt  est une réalité tangible des considérations qui précèdent. Les conflits ne peuvent plus être tranchés d'autorité. D'abord, la garantie dans le long terme du maintien en surface et en qualité des espaces forestiers doit être assurée, ensuite leurs prestations exigées et possibles doivent être coordonnées par la planification (plans régionaux, plans directeurs). Cette coordination doit être précédée et suivie d'un important  travail de communication.

 

La nouvelle situation économique : implique le développement d'une palette d'objectifs et de techniques adaptés à la pénurie de moyens. Les ressources propres étant insuffisantes, la voie de l'aide publique limitée, il importe de développer les instruments d'analyse et de décision pour redéfinir les objectifs à atteindre et les moyens d'y arriver . Un important travail de remodelage des structures de gestion et administratives est en cours.

Le bois : unique matière première indigène renouvelable, le bois est actuellement au creux de la vague. De nombreux indices laissent penser que ce matériau va trouver de nouvelles lettres de noblesse : c'est une source d'énergie renouvelable, pour laquelle les techniques d'exploitation sont au point,  c'est un matériau se prêtant  à de nombreuses utilisations, dont la production est respectueuse de l'environnement. Reste à développer une véritable filière, en renforçant le partenariat entre les acteurs et en renforçant non moins les secteurs recherche, développement et marketing. De plus, il faudra rendre conscients les décideurs que la forêt ne cesse pas de pousser, et qu'il faudra inventer de nouveaux usages pour cette biomasse !

 

Ingénierie biologique : recours accru, dans la construction d'infrastructures en milieu non-bâti ou dans la stabilisation de terrains de techniques de construction "douces", faisant largement appel à l'ingénierie biologique. Les hésitations à plus de collaboration entre ingénieurs civils et forestiers seront dépassées  ; en effet, le recours à des techniques de construction douces supposent de nouvelles relations entre planification et exécution.

 

Recherche : maintien de la demande dans la recherche, Le renforcement des domaines évoqués plus haut ne pourra aller sans un accompagnement intense de la recherche. Plus même : les besoins en matière de peronnel académique de recherche, développement et enseignement doivent rester liés, considérant l'objectif d'excellence. Il convient d'ajouter le domaine de la santé des forêts, qui reste une préoccupation majeure, malgré son déclin médiatique. Un besoin non moins évident est le renforcement de la recherche appliquée, en prise directe avec l'échelon de réalisation, et capable de transférer rapidement des résultats. Nous notons au passage qu'en distinguant recherche fondamentale et appliquée, nous ne supposons pas la dispersion de forces de recherche mais deux modes de définition des programmes différents.

 

Débouchés à l'étranger offerts par les organisations  internationales et les organisations de coopération bilatérale. Il appert en effet que la Suisse n'est pas en mesure de fournir en suffisance des candidats ingénieurs forestiers pour le potentiel de postes à disposition dans ces différentes situations  !

 

3.2         Les réponses fondamentales 

Les besoins fondamentaux définis dans le précédent chapitre permettent de discerner quelles seront les réponses les plus pertinentes pour résoudre à satisfaction les situations à l'avenir.

Une politique forestière : une exigence réelle.

La forêt, couvrant un tiers du territoire productif de la Suisse, est un domaine suffisamment spécifique (par la complexité de son fonctionnement) et suffisamment étendu pour nécessiter une approche qui n'est ni celle des espaces bâtis ni celle des espaces cultivés intensivement, ni celle des parcs nationaux et des réserves intégrales. Ses fonctions vitales ne permettent pas de se passer d'une politique forestière cohérente et visionnaire. Si on lui adjoint les autres zones non cultivées, on obtient un ensemble cohérent par ses ressources et par les fonctions qu'il assume. Notons ici que la forêt, outre une modeste contribution au PNB fournie par l'exploitation du bois offre des prestations qui ne font pas l'objet d'un marché mais qui sont partie de l'infrastructure vitale , indispensable à la survie et au bien-être du pays. Sur le plan international, ce domaine d'activité est reconnu.

 

La nécessité d'une approche multidisciplinaire.

L'approche multidisciplinaire centrée sur le milieu est la démarche la plus productive au regard de tous les critères, elle est la voie pour l'avenir; l'alternative, la confrontation de logiques sectorielles, sans modération, est contre-nature et conduit à des échecs. La forêt a besoin d'un encadrement spécifique, et les autorités politiques de s'appuyer sur des cadres compétents aux différents niveaux. Il faut aussi souligner que la connaissance et les compétences en foresterie découlent d'une expérience prolongée, accumulée dans nos établissements d'enseignement depuis 150 ans.

Mais, en même temps, la résolution des problèmes ne saurait être arrêtée à la lisière du bois. La politique forestière doit être intégrée à l'économie régionale, à l'aménagement de l'espace, et plus spécifiquement, coordonnée à celui des terres agricole et des milieux naturels.

 

Le travail interdisciplinaire.

Les projets d'amélioration des structures foncières et de l'infrastructure, de protection en zone de montagne (avalanches, régime des eaux) réclament une coordination entre divers corps de métier, une exigence à laquelle il est souvent mal répondu, au niveau de la conception. Il en va d'ailleurs de même de tous les problèmes touchant à l'aménagement des terroirs. Dans ces domaines, les intervenants sont tous de niveau universitaire (architectes, géographes, urbanistes, naturalistes) mais aucun ne possède le bagage de connaissances nécessaire pour cerner la problématique propre au milieu forestier. Nous estimons qu'ici, l'existence d'ingénieurs forestiers du plus haut niveau est une nécessité.

L'enseignement et formation.

La garantie du maintien d'une formation de qualité à tous les niveaux, comme la pérennité du génie propre de la foresterie suisse, dans le cadre européen, supposent de continuer à former des cadres et des enseignants de niveau universitaire, dans un esprit d'ouverture et de progrès.

 

La recherche.

La présence de spécialistes forestiers dans la recherche fondamentale comme dans la recherche appliquée est importante car ces derniers sont à même d'assurer entre les différentes branches de cette recherche la cohérence autour des milieux naturels boisés. Le travail interdisciplinaire qui requiert à la fois une formation spécifique forestière et une formation de niveau universitaire est lui aussi une condition nécessaire à la réussite de la recherche.

Dans ce domaine, les échanges avec l'étranger supposent quant à eux une formation de niveau universitaire, ils sont garants de la validité de la recherche et permettent son enrichissement.

 

En parallèle, la nécessité de résoudre les conflits entre les besoins des entreprises forestières et l'exigence d'une recherche fondamentale de haut niveau reposeront sur spécialistes forestiers de niveau universitaire accompagnés par des praticiens inventifs, en formant des centres de compétence capables de répondre à tous les échelons.

 

La réaction face à la nouveauté.

L'émergence de problématiques nouvelles a crû à une vitesse exponentielle depuis deux décades. Tout laisse penser que ce processus se poursuivra. La prise en charge pertinente des nouveaux problèmes implique le recours à une élite disposant d'une formation du plus haut niveau.

 

La mobilité professionnelle.

La mobilité interprofessionnelle nationale ou internationale est un fait révélé par les enquêtes sur la destination des jeunes diplômés. Cette mobilité est d'autant plus grande que la formation est large, bénéficie d'un niveau international reconnu et intègre les méthodes de travail, inversement il est d'autant plus faible que le domaine est resserré. Elle est aussi fonction du nombre des spécialisations possible par la voie du diplôme et des  formations post-graduate. Aujourd'hui, la formation forestière dispensée à l'EPF est pratiquement euro-compatible, dans le domaine des futures HES, cette compatibilité ne sera atteinte que dans plusieurs années, contrairement à certaines idées reçues erronées[1].

Fondée sur l'analyse qui précède, la Société forestières suisse s'est déclarée favorable à la fusion des départements des sciences forestières et des sciences naturelles, mais juge très problématique la diminution des crédits, et partant des postes d'enseignement spécialisés imposée aux sciences forestières.

 

4      Les profils professionnels

4.1         L'ingénieur MSc management des forêts et des espaces naturels EPF[2].

L'ingénieur MSc forêts et espaces naturels de demain devra maîtriser les dimensions supérieures de l'aménagement de l'espace naturel, à des horizons de planification à long terme (dépassant une génération.)

Grâce à :

-        sa formation de culture générale approfondie,

-        sa maîtrise des sciences appliquées (statistique, économétrie),

-        sa pratique des sciences de la terre et sciences naturelles (géologie, pédologie, botanique, zoologie)

-        ses connaissances en sciences humaines (sociologie, politique, économie, droit)

-        sa maîtrise des méthodes management, communication, gestion de projet

 

il possédera les capacités suivantes :

-      outre sa connaissance approfondie de la forêt,  il sera capable de développer ses compétences dans le domaine de tous les milieux naturels terrestres, en s'arrêtant aux frontières du territoire bâti et du territoire intensivement cultivé.

-      il possédera une grande capacité de synthèse et sera qualifié pour s'impliquer dans la gestion et l'aménagement coordonné et systémique d'un territoire, par dessus les frontières et schémas techniques propres à chaque profession. Il pourra intégrer des problématiques différentes (écologique, sociale, technique, économique, organisationnelle) et contradictoires pour déboucher sur des solutions créatives et réalistes.

-      sera donc être rompu aux méthodes de traitement de problèmes interdisciplinaires, au management et à l'animation de projets comme à la gestion administrative de haut niveau. Il sera capable de développer une approche économique des questions.

-      sera à même de concevoir, au niveau abstrait, la formulation et la résolution de problèmes concrets, pour imaginer et développer des voies nouvelles, en particulier dans les domaines de l'utilisation de l'espace, de la biologie et du management .

-      possédera aussi la formation d'un scientifique nanti d'un solide bagage dans de nombreuses disciplines, afin de pouvoir projeter des mesures et des ouvrages, ou , s'il ne les réalise pas lui-même , de les évaluer aux plans technique, économique et écologique. Il doit également pouvoir pousser sa formation pour accéder aux carrières scientifiques de la recherche et de l'enseignement.

-      possédera la maîtrise des techniques et la pratique de la communication. Car il devra, en prise directe avec la réalité du territoire et de sa population continuer à transférer vers les exploitants primaires les nouvelles techniques, les nouvelles normes légales avec efficacité, et à faire remonter rapidement les réalités du terroir à l'échelon politique.

-      Capable et décidé  à adapter, élargir et approfondir ses capacités en fonction de l'évolution du contexte. Il disposera donc des outils et méthodes pour se former. évoluer et s'adapter.

 

4.2         L'ingénieur forestier HES.

Selon notre analyse, l'ingénieur forestier HES aura un domaine de compétence spécialement centré sur le milieu forestier. Il possédera les capacités pour gérer les forêts à l'échelon de quelques milliers d'hectares et d'une génération humaine. Sa formation de base sera une maturité professionnelle ou par exception une maturité générale.

Grâce à sa formation lui apportant :

- un bagage ciblé dans les sciences appliquées (mathématiques, physique, sciences naturelles) et dans la maîtrise de la langue et des techniques de communication,

- une connaissance approfondie des techniques spécifiques :

- mensuration, élaboration de plans et projets,

- sylviculture

- protection et gestion de la nature, des biotopes et des sites.

- gestion forestière,

- génie forestier,

- ingéniérie biologique

- économie d'entreprise

- droit civil, obligataire, foncier et commercial,

- relations publiques.

Il sera :

- un gestionnaire, capable de prendre des décisions qu'il appliquera et contrôlera sur le terrain. Son domaine de planification est restreint dans l'espace et s'étend sur une génération.

- un manager capable de diriger une équipe mais aussi de s'intégrer dans un groupe, d'organiser , à son échelon, les structures de travail

- un concepteur, capable de transposer dans son domaine de responsabilité des techniques et des méthodes acquises, mais aussi capable de développer lui-même des solutions inédites.

- un praticien doté d'une formation scientifique ciblée (biologie, sylviculture, génie forestier, filière bois) sachant trouver et utiliser, à son  échelon, les données techniques, écologiques et économiques utiles à son travail.

- un responsable de projet possédant et appliquant les méthodes de planification de projets techniques sur 1 à 3 ans,

- un cadre capable de communiquer , de négocier et de promouvoir .

 

4.3         Le technicien forestier ESF [3]

Le cursus professionnel du technicien forestier passe par la qualification et l'exercice du métier de forestier-bûcheron, sa formation est sanctionnée par le diplôme de technicien forestier ESF (école supérieure forestière). Cette filière a été rénovée récemment.

Ce technicien possède toutes les connaissances et méthodes nécessaires à la gestion d'une entreprise forestière (env. 1'000 à 2'000ha ) à court et moyen terme à l'échelle forestière (horizon quinquennal).

Grâce à :

- son irremplaçable expérience de la forêt et des travaux,

- sa maîtrise de la fonction d'encadrement,

- son complément de formation dans les matières de base,

- sa connaissance des techniques appliquées,

- son apprentissage des techniques de communication orale,

Cet homme de terrain doit posséder les capacités suivantes :

- comprendre suffisamment le fonctionnement de l'écosystème forestier pour acquérir une expérience irremplaçable et appliquer les principes de traitement des forêts qui lui sont donnés,

- planifier et organiser l'exécution des opérations forestières à court terme,

- maîtriser les données économiques et statistiques du domaine qui lui est confié, et donc capable d'estimer les coûts et effectuer des calculs de rentabilité,

- diriger des équipes jusqu'à 10-15 personnes, secondé par des chefs d'équipe, en assumant les tâches administratives en découlant.

- surveiller les chantiers forestiers, bien connaître le matériau  pour concevoir et réaliser des ouvrages simples en bois, utiliser les techniques de l'ingéniérie biologique pour des stabilisations.

- communiquer et débattre, en cercle restreint ou élargi, les problèmes relevant de sa compétence.

 

5      Exigences quant à la formation des masters.

5.1         Former des Ingénieurs

Nous estimons que le titre d'ingénieur doit être conservé. Il est synonyme de capacité à réaliser des planifications réalistes, et de capacité à réunir les ressources pour mettre en œuvre ces planifications.

C'est dire que la formation doit prévoir l'acquisition et des méthodes de planification, de gestion de projet, de calculs économiques et de communication. C'est dire aussi que l'information doit, beaucoup plus que dans un passé récent, s'appuyer sur des études de cas concrets, en Suisse ou à l'étranger. L'école devrait proposer des services impliquant les futurs diplômés, et ce d'autant plus que une année de stage sera abolie.

 

5.2         Donner des connaissances de bases solides

La tendance actuelle est de développer l'acquisition des méthodes au détriment des connaissances. Or, l'expérience récente avec les stagiaires de différents horizons, mais particulièrement ceux de l'EPF, montre que les connaissances spécifiques restent un pilier non moins indispensable que celui des méthodes.

 

La possibilité de valider des semestres d'étude à l'étranger est une arme à double tranchant. Nous avons rencontré de jeunes ingénieurs auxquels manquaient des chapitres complets de compétences. La validation de semestres dans une autre école doit être examinée rigoureusement sur la base des modules de compétences ou des connaissances réellement acquis.

 

5.3         Profiler la formation

On a parfois reproché aux ingénieurs forestiers, à cause de leur formation centrée sur le milieu forêt d'être des généralistes insuffisamment spécialisés. Avec la nouvelle formation, portant sur la gestion d'un domaine encore plus vaste, ce danger existe.

A notre sens, l'information des ingénieurs devrait, au minimum, comprendre les domaines suivants :

Compétences primordiales des diplômés MSc "gestion des forêts et des espaces naturels", catalogue non exhaustif

Compétences spécifiques

Domaine

Connaissances et aptitudes

Utilisation de l'espace et des ressources

Systèmes d'inventaires

Systèmes d'information

Aménagement forestier

Monitoring

Méthodes d'aménagement du territoire

Economie politique

Economie nationale et régionale

Mécanismes socio-économiques

Droit environnemental

Dangers naturels

Appréciation des risques, cartographie

Appréciation du potentiel protecteur des forêts

Sylviculture des forêts de protection

Modifications environnementales

Ecologie

Rudiments de climatologie

Conduite des écosystèmes

Synécologie

Phytosociologie

Sylviculture

 

Espaces naturels et loisirs

Notions de marketing

Sylviculture urbaine

 

Compétences générales

Domaine

Connaissances et aptitudes

Méthodes

Analyse systémique des problèmes

 

Gestion interdisciplinaire des projets

 

Analyse multicritère

 

 

Communication

Conduite de groupe

 

Gestion des conflits

 

Maîtrise de la communication orale et écrite

 

Vulgarisation

 

 

Planification

Conduite de projet

 

Méthodes de planification

 

 

Innovation

Techniques de créativité

 

 

Economie

Calculs économiques pour les ingénieurs

Economie publique et outils de gestion

 

6      Annexes :

6.1           Développements récents dans les formations forestières.

En relation avec la préparation de la nouvelle loi fédérale sur les forêts (Programme forestier suisse), la Confédération a conduit une large réflexion sur les formations forestières en Suisse (PROFOR).Cette analyse et réflexion a mené à des réalisations à tous les échelons.

La formation par apprentissage de forestier-bûcheron, de débardeur et de machiniste peut être complétée aujourd'hui par le brevet et la maîtrise fédéraux. Ces formations sont axées sur la direction et l'exécution de toutes les opérations d'exploitation forestière (chantiers de coupe de bois et d'entretien des forêts).

La formation des gardes forestiers, étendue à tous les domaines de la gestion forestière, a évolué vers celle d'un technicien . Les deux écoles de gardes forestiers en Suisse, à Lyss et à Maienfeld, en prolongeant la durée des études et en adaptant leur programme, délivrent aujourd'hui des diplômes d'école supérieure.

L'ouverture d'études forestières de niveau HES est programmée à l'HES d'agronomie de Zollikofen.



[1] Selon B. Strehlke, BIT, communication publique le 29 novembre 1994 à  l'EPFL.

[2] Nous désignons ainsi les femmes et les hommes embrassant la carrière, en priant les puristes d'excuser l'élision de la trop lourde mention répétitive des deux sexes.